L’ARCHITECTURE ET LA PLANIFICATION URBAINE SONT DES MOYENS DE PARADE

[ 0 ] 19 juin 2016 |

 POUR LE PROTECTORAT L’ARCHITECTURE ET LA PLANIFICATION URBAINE CONSTITUAIENT DES MOYENS DE … PARADE

L’arme absolue :

Voir le nombre incalculable des cartes postales représentant les façades des immeubles de la ville européenne de Casablanca et le … reste !

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La planification urbaine telle que l’a utilisée la France dans ses colonies traduit une reconnaissance des différentes communautés présentes ; ce qui ne signifie pas une croyance dans l’égalité des races et des cultures, mais une prise de conscience du plan culturel comme une variable à utiliser au sein de la gestion politique coloniale.

L’architecture, la planification urbaine (ou les grands travaux) ’étaient considérés comme des moyens de démontrer la supériorité des Français comme civilisation (et) comme nation’113.

Les textes des administrateurs de l’époque, comme les dessins de villes, insistent sur le besoin d’organiser le mélange contrôlé des populations.

113.  G. Wright, P. Rabinow – 1982 – p. 28.

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Au Vietnam ex Indochine :

Hô-Chi-Minh ex Saigon

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I – 2.1 Le Plan du Colonel Coffyn

Le projet de ville du colonel du Génie Coffyn, commandé par l’amiral Bonnard, fut présenté le 30 avril 1862 et approuvé le 10 mai. Ambitieux, il englobait sur la demande de l’amiral les territoires de Saigon et de Cholon. Mais l’amiral lui même se rendit compte que ce plan, sans rapport avec les ressources économiques de l’époque, ne pouvait être exécuté.

Il n’empêche, ce ’projet pour une ville de 500 000 âmes’ fut le seul établi sur le territoire de Saigon avant les interventions d’Hébrard dans les années 1920 et il servit de base pour les premiers lotissements de la ville, puis en fait de support pour l’établissement de Saigon par les amiraux : le réseau viaire du plan de 1882 fait preuve d’une cohérence presque parfaite avec le plan de Coffyn. Par contre celui de 1898 montre que seules les rues dont une partie du tracé était établie alors ont été prolongées. Ailleurs, le tracé vernaculaire est repris. Le plan106 de 1923 ne montre aucune évolution majeure depuis celui de 1898.

La note d’accompagnement du plan spécifiait la ’lotisation’ des terrains en fonction de leurs situations et de leurs attributions, mais les plans cadastraux postérieurs montrent une hétérogénéité des parcelles dont les dimensions ne correspondent pas aux textes. Et la diversité du parcellaire rapporté par ces plans invite à conclure que les anciennes villas coloniales ont pour ainsi dire créé leur parcellaire en fonction de la richesse du propriétaire, puisqu’elles se sont établies sur des terrains vierges.

Pour sa part, l’évolution de Cholon n’a rien à voir avec le plan de Coffyn, ni l’échelle des îlots, ni même l’orientation des rues. Il est vrai que les principes d’organisation esquissés pour cette partie de la ville sont très théoriques, et ne s’appuient sur aucun argument de fonctionnement, d’implantation antérieure ou de typologie du site.

Le plan ne donne aucune indication sur le milieu physique où il se développe et la note d’accompagnent précise juste que la ville s’inscrit sur un territoire limité par les arroyos et un futur canal et que le terrain est ’généralement bas et marécageux’.

En fait, le plan de Saigon reprend les deux directions orthogonales des anciennes citadelles et établit un quadrillage régulier de larges rues, en fonction très certainement des voies et terrains libres préexistants.

Exceptés les jardins du palais du gouverneur aucun espace libre ne vient aérer cette organisation issue de larges avenues rectilignes se coupant à angle droit et définissant de grands blocs à lotir, en inadéquation avec la note à l’appui d’un projet de ville jointe qui indique :
‘’Rues et quais : La largeur des rues principales a été fixée à 40 mètres, celle des rues secondaires à 20. Les premières ont des trottoirs de 4 mètres de largeur le long des maisons et deux rangées d’arbres de chaque coté. Les secondes, des trottoirs de 2 mètres et une seule rangée d’arbres. Les quais de la rivière de Saigon ainsi que ceux des arroyos Chinois et de l’Avalanche ont 40 mètres de largeur comme les rues principales ; ils comportent des trottoirs de 6 mètres et deux rangées d’arbres du coté des maisons et pourront en outre au besoin recevoir une ligne de chemin de fer. Enfin, sur tout le parcours du canal de jonction règne un boulevard de même largeur que celle des quais et faisant suite aux dits quais, de sorte que les habitants jouiront d’une belle promenade plantée d’arbres d’environ 20 kilomètres de longueur.’ ‘Places publiques :

Les places publiques et les quais, si utiles à la santé des habitants des villes, ont été multipliés de façon à ce que chaque quartier ait pour ainsi dire son jardin particulier.’’
Ce plan, que tous les écrits postérieurs fustigent parce qu’irréaliste, est dans les faits celui qui a servi à établir les voies, sans aucun grand espace libre, ce qui correspond à une maîtrise militaire de la ville. Saigon s’est structurée au fil des ans sur l’armature urbaine de ces implantations. Cet état de fait ajouté à la spéculation des terrains qui ne se ralentira pas ont provoqué une absence chronique de terrains libres en centre ville.

Comme leurs homologues européens, les colons français ont eu pour action de définir des lotissements puis de les vendre.

A Saigon, le relief et la répartition territoriale voulue par les dirigeants ont hiérarchisé le prix des terrains comme la dimension des parcelles. La première mise aux enchères est effectuée le 20 février 1862, par anticipation sur le projet de ville que l’amiral Bonnard avait commandé au colonel Coffyn. Les petits investisseurs privés et le petit commerce ont été dirigés vers l’acquisition des terrains de la ville basse, alors que les beaux emplacements le long des quais étaient destinés aux maisons de commerces, aux compagnies maritimes, puis plus tard aux banques ; le plateau a été aménagé en prévision des quartiers d’habitat destinés aux colons. Tous ces lots étaient assujettis à un impôt foncier annuel, à la capitation et à une patente en cas de commerce.

Si l’objectif premier n’était pas spécifiquement d’évincer la population vietnamienne en place, ce fut le cas par les actions entreprises qui ont délogé les populations non solvables et celles qui ne pouvaient accepter ce projet de ville en rupture totale avec le passé.

La planification urbaine telle que l’a utilisée la France dans ses colonies traduit une reconnaissance des différentes communautés présentes ; ce qui ne signifie pas une croyance dans l’égalité des races et des cultures, mais une prise de conscience du plan culturel comme une variable à utiliser au sein de la gestion politique coloniale.

L’architecture, la planification urbaine (ou les grands travaux) ’étaient considérés comme des moyens de démontrer la supériorité des Français comme civilisation (et) comme nation’113.

Les textes des administrateurs de l’époque, comme les dessins de villes, insistent sur le besoin d’organiser le mélange contrôlé des populations.

113.  G. Wright, P. Rabinow – 1982 – p. 28.

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