1 – LA RUE DE L’HORLOGE – PREMIERE ARTERE DE LA VILLE EUROPEENNE

[ 0 ] 22 octobre 2014 |
Sciacca Salvatore : Le maitre absolu de la sculpture.

Sciacca Salvatore : Le maitre absolu de la sculpture.

Le port face aux deux villes de ... Casablanca, la première à été amputée de sa muraille plus que millénaire, de ses portes et de son Mellah, la deuxième ville, conçue par les urbanistes de la Résidence Générale, aura pour objectif stratégique, la mise en valeur permanente et sans répit des "réalisations" du protectorat !

Le port face aux deux villes de … Casablanca, la première à été amputée de sa muraille plus que millénaire, de ses portes et de son Mellah, la deuxième ville, conçue par les urbanistes de la Résidence Générale, aura pour objectif stratégique, la mise en valeur permanente et sans répit des « réalisations » du protectorat !

La future place de France, qui succèdera à Bab Lekbir et Bab Souk, connue sous le nom du Grand Socco.

La future place de France, qui succèdera à Bab Lekbir et Bab Souk, connue sous le nom du Grand Socco.

Le commandant Dessigny, ex collaborateur du Général Lyautey à Ain Sefra, en Algérie dans le département de l’Oranaie, avait fait construire, à la demande du Général une horloge à Ain Sefra. Après l’occupation de la ville de Casablanca et de la Chaouia par les forces militaires, il avait pris la tête des services « municipaux »  de la ville de Casablanca, pour diriger les travaux de voieries etc.

Son premier souci consistait en la réalisation d’une horloge, identique à celle d’Ain Sefra, qui ressemblerait aux minarets des mosquées, comprenant tous les ingrédients de la facticités ( zellij, arcades, petite koubba surmontée d’un croissant et d’une étoile), installée à l’entrée de la ville dite arabe, adossée à la muraille plus que millénaire et à la porte de Bab Lekbir, elle devait servir de modèle pour marquer le respect des « traditions architecturales marocaines »  par les nouveaux maitres de la ville.

La même approche à été mise en application aussi bien en Algérie qu’en Tunisie …

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EN 1915 : L’EXPOSITION FRANCO MAROCAINE

Le 24 mai 1915, une équipe de prisonniers allemands donnait le premier coup de pioche à la jachère improductive ou devait s’élever l’Exposition pour niveler le terrain du boulevard (rue) de l’Horloge ou serait dignement célébrée la plus glorieuse des dates de l’histoire mondiale, l’anniversaire de la victoire de la Marne : l’Exposition s’ouvrit le 5 septembre 1915.

La musique des Troupes d’Occupations s’est groupée tout près de là et embouche tour à tour les trompettes d’Aida ou les clairons de la Marseillaise.

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Les premiers éléments constitutifs de la ville Européenne naissantes, à travers les principales activités installées rue de l’Horloge dans les années 1920.

Mme Bertou, tabacs, journaux. Bureau des Télégraphes Cabine téléphonique. Delard, chauffeur. Compagnie Algérienne, banque, directeur de l’agence de Casablanca. M. Fournet. Gautier, pâtisserie. Agence de la Compagnie des chemins de fer P.L.M. M. de Mazières, directeur. Agence de la Compagnie de navigation Paquet. Cadilhac, droguerie, couleurs, vernis articles de pêche. Paillas et Sicre, épicerie, conserves alimentaires, vins, cafés, biscuits, sucre. Cohen Salomon, céréales. L. de Sarran, ingénieur-géologue. A.P. Ponté, importation-exportation. Hermann, agent de fabrique. Caulier-Delaby, propriétaire. L. Boury, représentant – agent fabriques munitions de chasse.  Hector Caulier, propriétaire. Savelli, café – bar. Hôtel Saint Georges. Laredo, agent d’assurances. Bonnemains, verreries, cristaux, orfèvrerie, faïences, porcelaine. Arnone Vincent, institut dentaire. Docteur Louis Pean, directeur de la santé maritime du protectorat français au Maroc.  Bureaux de la Direction de santé maritime. Beaux Henri, rédacteur à la Résidence Générale. Cousin, quincaillier-chauffage, ménage, clouterie. Roucairol, tailleur-couturier. Bouloré, libraire. Andreucci, coiffeur. Roblin, bijouterie orfèvre. Cruel, avocat. Beaume, Riennier, Magnier et Compagnie, commission, représentation, exportation. Mme Plazer, modes. Hôtel de l’Horloge, Mlle Berthault, propriétaire. Abéla, épicerie.  Chapuis, conducteur des ponts et chaussées.  

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l'Horloge, à la fois tour d'observation et de contrôle, trône au centre de la place de France.

l’Horloge, à la fois tour d’observation et de contrôle, trône au centre de la place de France.

Vue de l'horloge et des "portes" à partir de la ville européenne.

Vue de l’horloge et des « portes » à partir de la ville européenne.

L’un des premiers « Impasse »  de la ville Européenne, c’est celui de l’Horloge, dont les riverains avaient pour noms :

Rousso, importation, exportation. Kandelaft, importation, exportation. Sabeau Jules, représentant de commerce. American-Bar, Mme Rivallion, propriétaire. Ravotti, sacs, bâches, tentes, cordages. Restaurant de Gascogne, Mme Boyri, propriétaire. Ducastel, garage d’automobiles.

Placée entre les deux villes "arabes" et européenne. Située dans l'axe, ou presque, de la rue de l'Horloge. Pour éviter sa chute, elle sera rasée dans les années 1940. Au lendemain de l'indépendance, elle sera reconstruite à l'identique, mais pas au même endroit !

Le poste d’observation placé sous l’horloge, entre les deux portes, faisait office de « filtrage » des habitants de l’Ancienne Médina où ville « arabe » pour les autorités de l’époque.  Pour éviter sa chute, elle sera rasée vers la fin des années 1940. Au lendemain de l’indépendance, elle sera reconstruite à l’identique, mais pas au même endroit !

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Après la démolition des portes et de la muraille de la ville "arabe" par les urbanistes de la Résidence, l'horloge s'est retrouvée au beau milieu de la place. Ce dégagement avait pour objectif la mise en valeur des batiments de la ville Européenne, qui faisaient désormais face à l'Ancienne Médina !

Après la démolition des portes et de la muraille de la ville « arabe » par les urbanistes de la Résidence, l’horloge s’est retrouvée au beau milieu de la place. Ce dégagement avait pour objectif la mise en valeur des batiments de la ville Européenne, qui faisaient désormais face à l’Ancienne Médina !

Le début de la fin ... A priori, l'horloge n'était pas du tout satisfaite, des travaux engagés pour l'aménagement de la nouvelle place de France, elle manifesta sa désapprobation en s'inclinant vers la ville "arabe" !

Le début de la fin … A priori, l’horloge n’était pas du tout satisfaite, des travaux engagés pour l’aménagement de la nouvelle place de France, elle manifesta sa désapprobation en s’inclinant vers la ville « arabe » !

Un peu dans le style des pays tropicaux !

Un peu dans le style des pays tropicaux !

Dans les Colonies - Protectorats, on retrouve parmi les ingrédients classiques de la ville européenne, outre les immeubles, théâtres, statues, monuments commémoratifs, cinémas, brasseries, clubs sportifs etc... de la lecture "exotique" et du suspens, la ville européenne de Casablanca avait eu son premier "roman" et son premier film, intitulé "Minuit Rue de l'Horloge" Mais là encore, c'est une autre histoire !

Dans les Colonies – Protectorats, on retrouve parmi les ingrédients classiques de la ville européenne, outre les immeubles, théâtres, statues, monuments commémoratifs, cinémas, brasseries, clubs sportifs etc… de la lecture « exotique » et du suspens, la ville européenne de Casablanca avait eu son premier « roman » et son premier film, intitulé « Minuit Rue de l’Horloge » Mais là encore, c’est une autre histoire !

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Dans son roman Minuit rue de l’HORLOGE Jean François LA MARCHE  décrit la ville des années trente

«  La rue de l’Horloge est une des plus animées de Casablanca. Elle a eu son époque de splendeur, évanouie avant même qu’elle soit complètement bâtie .Le commerce de luxe l’a désertée pour des artères plus neuves , et elle ne connaît depuis qu’une activité sans éclat . La nuit , elle prend sa revanche , car elle est devenue la rue du plaisir .Les enseignes lumineuses des bars , des caveaux et des dancings en plein air , arrivent à lui donner , par une belle nuit d’été , la gaité de mauvais aloi d’une fille à bon marché . Mais, quand la brume océane enveloppe Casa d’un suaire mouillé, elle s’assoupit, elle écoute, morose, le pas des rares passants, et la plainte d’EL – HANK, dont la sirène de brume rythme cent fois par heure la respiration de la ville endormie.

LA PLACE DE France

A l’heure où un taxi emmène Christine et Gégé prendre le frais au bord de la mer, Tino ouvre son échoppe de la rue du Capitaine Ihler, dans la Médina.

Pour tous, Tino mène une vie misérable de demi- fou. La réparation des vélos permet tout juste à un Arabe de subsister, et il est le seul Européen du métier. Il est  habillé d’un bleu, d’une chemise et d’une paire de sandales. Pour aller pêcher à la grande jetée, il met un vieux chapeau de paille .L’hiver, un chandail. Il est le fils d’un irlandais qui lui a légué ses cheveux châtains et ses yeux clairs, et d’une Catalane dont il a le corps robuste, à la fois

Mince et ramassé. Il a hérité d’eux le mépris de la mort et de la misère, et des siècles de haine contre l’autorité .Mais les deux sangs ne se sont pas mélangés.

LE BAR DE LA C. T. M

Cent fois promis aux démolisseurs et toujours oublié dans la mue incessante de Casablanca, le bar de la C.T.M fait un des coins de la rue de l ’Horloge et de la Place de France. Il reste ouvert vingt-quatre heures par jour, et le départ ou l’arrivée d’un car fait vibrer ses vitres à tout instant. Mais c’est plus qu’un buffet de gare .Les chauffeurs y vient comme les voyageurs et il est le centre des nouvelles de la route. Les entraîneuses, les artistes et les musiciens des dancings, éternels errants, y ont placé d’instinct le lieu du bref repos qu’ils prennent entre la nuit harassante et le sommeil qui ne les détend pas.

Les derniers à le rallier sont toujours ceux du «  Berry.

Christine sait faire durer la nuit à son gré et n’est jamais lasse.

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Au lendemain de la première guerre mondiale, de nombreuses personnes viendront s'installer au Maroc avec une préférence pour la ville de Casablanca.

Au lendemain de la première guerre mondiale, de nombreuses personnes viendront s’installer au Maroc avec une préférence pour la ville de Casablanca.

Le 24 mai 1915, une équipe de prisonniers allemands donnait le premier coup de pioche à la jachère improductive ou devait s’élever l’Exposition pour niveler le terrain du boulevard de l’Horloge ou serait dignement célébrée la plus glorieuse des dates de l’histoire mondiale, l’anniversaire de la victoire de la Marne :

l’Exposition s’ouvrit le 5 septembre 1915.

La musique des Troupes d’Occupations s’est groupée tout près de là et embouche tour à tour les trompettes d’Aida ou les clairons de la Marseillaise.

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Horloge-

« En 1911, le Commandant Dessigny (Administrateur militaire) ayant trouvé qu’il était temps de mesurer le temps, de se mettre à l’heure comme on se met au pas, avait fait construire le minaret du progrès :

la Tour de l’Horloge.

Désormais, l’heure occupera une place de choix dans le spectacle de la ville. »

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La PAROLE ET LA TRACE. Horloge de Mohamed Dernouny et Guy Léonard.

Ce livre est le fait de deux chercheurs, l’un anthropologue, l’autre géographe, le fruit d’intérêts croisés et de procédures convergentes en vue d’une meilleure compréhension de la réalité passé et présente de la ville (et à travers elle la société) marocaine.

Des extraits :

« Miroir de la société marocaine, Casablanca constitue en effet le chantier ou s’élaborent les structures sociales de la grande cité moderne.

Elle traduit on ne peut plus clairement, la distance parcourue par la société marocaine du début de notre siècle à nos jours.                                                                     

 En paraphrasant A. Adam, on peut dire à cet égard qu’il y a plus de distance entre la société d’aujourd’hui et celle de 1907, ou encore de 1925, qu’entre cette dernière et celle des Almoravides.

Mais elle est aussi représentative, à divers titres, de la tradition urbaine marocaine millénaire, et donc de l’histoire politique et culturelle de la société marocaine. »

« Ainsi donc, malgré le peu d’informations dont nous disposons, c’est une révolte qui constitue la dimension originelle d’An fa.

Serait-il donc exagéré de dire que c’est parce que l’histoire de la genèse de notre ville est l’histoire d’une dissidence, les Bergwata qui en sont les auteurs se sont trouvés logés dans les «  fading » de l’Histoire. »

« Reste que, si on a beaucoup glosé sur les méfaits ou exploits – les auteurs anciens et contemporains s’accordent tous pour nous présenter les Bergwata dans un prodigieux désordre :

une nation perpétuellement en guerre avec ses voisines, etc. – les Bergwata, eux, ont fort peu ou fort mal parlés. Et ce silence concernant un pan de l’histoire de notre ville devient on ne peut plus épais… »

« L’explication dominante quant à l’origine de Dar el B AIDA repose fondamentalement sur une rumeur qui fut abondamment exploitée des historiens du début de notre siècle, voire des voyageurs et diplomates apprentis sociologues de la même époque… »

« Les Français seront un outil tout en forgeant leur outil. Faire passer une voie ferrée dans le voisinage du cimetière musulman, se glisser sous le porche, construire un terre plein, tout cela est sacrilège : il n’y a pas à s’étonner que la locomotive et les wagons aient été renversés et les ouvriers assassinés… »

La formation de la Place de France « C’est une grossière provocation de titrer «  Place de France » puisque cela implique l’occupation d’un espace par les Français, la mise en pratique d’une volonté de maîtriser et d’ordonner les lieux en fonction d’une activité métropolitaine.  

« Le Tnaker, (quartier populaire) finit par être surdensifié, hors des murs s’épancha la ville à la fois musulmane et israélite. Quant aux places intérieures de la Médina, par la surcharge humaine, la perte des fonctions ou même la hiérarchie des lieux remise en question, elles ont lentement périclité, d’autant plus que la ville européenne rejetait au loin, en périphérie, la nouvelle-Médina brisant ainsi l’unité urbaine du passé. On saisit trop bien ce qu’il pouvait advenir du contact de la société européenne aventureuse et audacieuse avec la société musulmane. Les forces étaient trop disproportionnées, le choc trop brutal, les intérêts trop grands, pour que la place ne sombrât pas dans le profit exclusif des français et de leurs Compradores. »

« … le développement de Casablanca durant la phase coloniale a marqué la dépossession et l’appropriation d’un espace collectif au profit exclusif de la puissance impérialiste. Seule résistera l’aire du cimetière et du sanctuaire de Sidi Belyout. »

«  La lutte révolutionnaire dans la lutte d’indépendance fut masquée par la lutte nationaliste, puis par le jeu des classes dominantes marocaines se préparant à conquérir tout terrain libéré. L’aristocratie s’ingénia donc dans les années qui suivirent l’indépendance à chausser ce qui avait été abandonné ou ce qui était en phase de récupération, y compris, d’ailleurs, l’ascendant d’une culture étrangère… »

«  Elle ne voulait plus être cette capitale économique ou des hommes s’échinaient tandis que d’autres s’enrichissaient fabuleusement, presque aussi vite que la course d’une balle jaillie d’un fusil…

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Sciacca Salvatore : Le maitre absolu de la sculpture.

Sciacca Salvatore : Le maitre absolu de la sculpture.

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